Édito
La communication de crise : les règles du jeu
En communication de crise comme ailleurs, il y a des combinaisons qui ont la vie dure. Parmi celles-ci figurent en bonne place la transparence, l’éthique et la responsabilité. Mes réserves fréquentes sur la sujétion à cette sainte trinité choquent généralement mes interlocuteurs qui imaginent déjà avoir en face d’eux un apôtre du cynisme et de la désinformation.
Mon point de vue est tout autre : le syncrétisme « transparence – éthique – responsabilité » définit les règles du jeu « communication de crise » dont découlent les stratégies et les postures. Ces règles répondent à une construction sociale de la crise centrée sur des valeurs consubstantielles et subjectives à l’extrême. L’objet de la communication de crise se réduit alors au management de la perception acquise par « l’expérience vague » superbement décrite par Spinoza. C’est pourquoi les institutions en crise qui ont tout intérêt au conservatisme de ces règles et de cette subjectivité acquise : statufiées par le corps social, valorisées par la presse, bénies par les autorités, la transparence, l’éthique et la responsabilité délimitent le champ de la communication de crise et facilitent grandement l’élaboration des stratégies et la maîtrise de la boucle de l’information au sein d’un système formel. Toute autre option serait perçue comme une transgression. Ce qui est intéressant pour le communicant, c’est que la presse et l’opinion publique doivent également obéissance à ce syncrétisme, sont contraintes de rester dans son territoire et finalement de chercher exclusivement si oui ou non il y a transgression.
Surtout, ce règlement intérieur de la communication de crise est le prétexte rêvé pour choisir - consciemment ou pas – de baliser le territoire des valeurs, de simplifier le complexe, de jeter à la fauve opinion des mots et phrases clés qui la repaissent et de l’aider à structurer sa pensée en deux ou trois points : la cohérence et la compassion feront le reste…. En final des valeurs engendrent des principes qui définissent les règles qui permettent de manipuler les valeurs…ce qui est le propre des systèmes formels : pratique, non ?
Didier Heiderich
Président de l’Observatoire International des Crises
Directeur de la publication du Magazine de la Communication de Crise et Sensible
